lundi 20 novembre 2017

Cérémonie du 11 novembre

La cérémonie de la commémoration de la victoire et de la paix, jour de l’anniversaire de l’Armistice de 1918, s’est déroulée sur le district d’Amsterdam le 11 novembre dernier, sous une fine pluie en présence de l’ensemble des hivernants. Cette cérémonie est également l’occasion de rendre hommage à tous les morts pour la France.

Le chef de district a lu à l’ensemble de la base Martin-de-Viviès le message de Madame Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des armées. Une minute de silence a ensuite été observée.

 
 
 

« Quatre-vingt-dix-neuf années ont passé depuis cette fin de matinée où, ce 11 novembre 1918, à 11h, sur le front, les clairons ont surgi pour sonner le cessez-le-feu. Un conflit de quatre ans et demi s’achevait alors.

Si l’avant et l’arrière communient dans la fierté nationale, c’est aussi le temps du deuil qui commence face aux pertes considérables, tant civiles que militaires. La Grande Guerre a profondément bouleversé les nations européennes, les équilibres mondiaux sont durablement modifiés.

Cette année, nous célébrons plus particulièrement le centenaire de 1917. Après trois ans de conflit, c’est l’année de la « fatigue des peuples » mais aussi le tournant de la guerre. Sur le temps long, elle s’avère déterminante pour le XXème siècle. Ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

D’avril à octobre, le Chemin des Dames a rendu son terrible verdict ; cet échec sanglant affecte le moral des combattants et celui de l’arrière. L’armée française n’est pas seule à se sacrifier. Au prix de lourdes pertes, les Canadiens mènent l’offensive à Vimy, les Britanniques à Passchendaele, les Italiens sont vaincus à Caporetto.

Les Etats-Unis rompent avec l’isolationnisme et s’engagent aux côtés de l’Entente. L’arrivée progressive des soldats américains change le rapport de force et va contribuer à forger la victoire. La mondialisation du conflit s’est intensifiée.

Traversée par deux révolutions, la Russie connaît de profonds bouleversements et signe le 15 décembre un armistice avec l’Allemagne. Cette dernière va pouvoir, en 1918, concentrer toutes ses forces sur le front occidental.

Victimes indirectes de la guerre, des centaines de milliers d’enfants en portent les séquelles et se retrouvent orphelins. Ils grandiront seuls ou au sein de familles incomplètes marquées à jamais par la perte. C’est pour leur permettre de vivre dignement que l’Etat crée le 27 juillet 1917 le statut de « pupille de la Nation ». Destiné à l’origine aux orphelins de guerre, il est étendu aujourd’hui aux orphelins d’un parent tué en opération militaire extérieure ou lors d’un attentat terroriste.

Le 16 novembre 1917, il y a presque cent ans, au milieu de la tempête, Georges Clemenceau était appelé à former le gouvernement. Président du conseil et ministre de la guerre, à 76 ans, il appelle à la « guerre intégrale » et remobilise la Nation et les armées avec l’obsession de mener la France à la victoire.

En ce jour du 11 novembre, depuis la loi de 2012, nous rendons hommage à l’ensemble des morts pour la France. A ceux tombés lors de la Grande Guerre, lors de la Seconde Guerre mondiale, lors des guerres de décolonisation, à ceux tombés hier et aujourd’hui, lors de nos opérations extérieures partout dans le monde, la Nation reconnaissante rend hommage et perpétue l’indispensable mémoire. »

mardi 31 octobre 2017

Philatélie amstellodamoise

A l'heure des nouvelles technologies, s'il existe une activité plutôt étonnante dans les TAAF pour les non-initiés, il s'agit bien du courrier. Crozet, Kerguelen, Terre Adélie, Saint-Paul et Amsterdam, chaque district possède sa propre gérance postale avec son gérant postal (GP) attitré (depuis 1948 sur Ams).


Timbre illustrant la base en 2011 © Florian LEEMANN

Si les plis postaux atteignent un volume qui peut paraitre important (≈ 20 000/district/an), cela n'est pas que le fait des hivernants, mais en grande partie celui des philatélistes !

Une infime partie des nombreux plis à traiter © Florian LEEMANN

En effet, les TAAF présentent la particularité d'éditer chaque année depuis 1955 un certain nombre de timbres sur des sujets variés (évènement historique, faune, personnage, …). Chaque hivernant a également la possibilité de faire réaliser un tampon postal, lequel ornera les nombreuses enveloppes envoyées depuis le district. Ainsi, les collectionneurs s'avèrent nombreux et les demandes, parfois très précises auprès du GP ne manquent pas.

En partance pour l'Autriche © Florian LEEMANN

On imagine rapidement la place qu'occupent certaines passions pour les connaisseurs. A chaque OP, il n'est ainsi pas rare d'avoir des paquets de plus de 50 enveloppes à destination d'une seule et unique personne.

Les collections postales liées aux TAAF sont variées et concernent tout aussi bien :

  • La recherche de timbres selon une thématique précise (minéraux par exemple)
  • Les « plis polaires » (enveloppe ayant été expédiée depuis les TAAF)
  • Les enveloppes « premier jour » (oblitérée à la date du premier jour d'émission du timbre et en portant la mention)
  • Les plis évènementiels (créé sur les districts à l'occasion d'évènements parfois inattendus) 
  • Les cartes postales voir « cartes maximum » (association carte postale, timbre et oblitération sur le même thème/lieu)

Recto et presque verso © Florian LEEMANN

  • Les cachets des hivernants (avec parfois la signature de l'hivernant !)




Cachets Ornithologues et Blog timbre Becs albatros de la RN © Florian LEEMANN

Le travail du GP est donc de satisfaire chacune ces demandes, ce qui nécessite précision, patiente et organisation.

La philatélie, si elle est généralement abstraite avant de partir, se découvre au fur et à mesure de l'hivernage et il n'est pas rare que certains d'entre nous se prennent au plaisir d'agrémenter leur propre enveloppe de nombreux tampons.


Sans nul doute une partie des collectionneurs sont eux-mêmes d'anciens hivernants !

N'étant pas initié à toute la subtilité de la philatélie, quelques imprécisions se sont certainement glissées dans cet article, veuillez m'en pardonner.

Florian LEEMANN
Agent de la Réserve Naturelle en charge de la restauration du Phylica arborea sur Amsterdam

Octobre à Amsterdam




Le retour des Albatros à bec jaune venus couver leurs œufs © Pierre-Yves QUÉHÉ et Manon DEVAUD

  
Les poussins d'albatros d'Amsterdam commencent à perdre leur duvet… avant le grand départ © Manon DEVAUD

 
Les pups nous ont quittés pour prendre la mer © Adrien COATANÉA


Première baignade pour la mission 69 avec les otaries © Pierre-Yves QUÉHÉ

  
Les gorfous prennent soin de leurs poussins © Pierre-Yves QUÉHÉ


Dernières plantations de phylica pour la mission 68 et premières pour la mission 69


Le printemps bat son plein pour le plus grand bonheur des manipeurs… ou pas…
 

Coucher de soleil sur Entrecasteaux © Marine BELY



samedi 28 octobre 2017

27 octobre 1892 - Prise de possession officielle de l'île Amsterdam (1/3)


Il y a 125 ans jour pour jour, la France prenait officiellement possession des îles Saint-Paul et Amsterdam.

Pour comprendre comment et pourquoi cela s’est produit, revenons un peu en arrière, en 3 épisodes.

Épisode 1 

Les îles de Saint-Paul et Amsterdam ont été repérées pour la première fois le 18 mars 1522, par les compagnons de Fernand de Magellan, tué un an auparavant aux Philippines. C’est alors Juan Sebastián Elcano qui commandait La Victoria, premier navire à avoir accompli la circumnavigation du globe, lors du voyage retour de Java au cap de Bonne Espérance. L’équipage, diminué et épuisé, n’arrive pas à accoster. Seule l’île Saint-Paul apparait sur une carte en 1559, du nom probable du bâtiment d’un navigateur portugais venu reconnaître l’île.



Juan Sebastián Elcano

La Victoria
           


A la fin du XVIe siècle, l’influence de l’Espagne et du Portugal diminue dans les océans pour laisser place à la puissance Hollandaise et la compagnie des Indes orientales (Vereenigde oost-Indische Compagnie – V.O.C.). Au cours de nombreux trajets entre son principal comptoir, Bantam sur l’île de Java, et le cap de Bonne Espérance, les deux îles sont régulièrement aperçues par les navires de la V.OC., mais jamais visitées. Amsterdam est nommée en 1633 « Nieuw Amsterdam », du nom du navire du gouverneur Van Diemen de passage au large de l’île, tout comme une certaine colonie fondée en Amérique du Nord en 1614 par la compagnie des Indes occidentales, qui deviendra New York par la suite.

Ce n’est qu’en 1696 que les îles sont foulées, par le navigateur hollandais Willem De Vlamingh, lors de ses recherches du navire Riddersthap Van Holland disparu en 1694. L’expédition ne trouve aucun trace d’éventuels naufragés, mais plante des pois et des graines de moutarde au cas où…

Timbre représentant Willem De Vlamingh © La Poste


Les deux îles retrouvent leur solitude pour de nombreuses décennies. La compagnie des Indes Orientales décline lentement jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, laissant place aux compagnies d’autres puissances européennes dont les routes ne croisent plus les îles Saint-Paul et Amsterdam. Les passages de navire se font très rares, notons simplement celui du navire de la Royal Navy britanique en provenance de Tahiti, le H.M.S Bounty, en juillet 1788, soit quelque mois avant la célèbre mutinerie dans le Pacifique Sud.

A la fin du XVIIIe siècle, les deux îles n’appartiennent officiellement à aucun pays mais font le bonheur des chasseurs de baleines et d’otaries battant pavillon anglais, américains, français ou chinois. Des dizaines de milliers de peaux sont récupérées à chaque passage de navire, qui se font de plus en plus nombreux.

En 1791, l’amiral français Joseph-Antoine Bruny d’Entrecasteaux part à recherche de La Pérouse et de ses navires La Boussole et L’Astrolabe, portés disparus depuis 1788. Avec ses deux frégates, La Recherche et L’Espérance, il passe en 1792 devant la Nouvelle-Amsterdam alors en feu, sans trouver La Pérouse, mais en livrant un relevé détaillé de la côte orientale.


Carte de Jacques-Julien Houtou de La Billardiere représentant l’itinéraire d’Entrecasteaux à la recherche de La Pérouse (1800)



L’amiral français Joseph-Antoine Bruny d’Entrecasteaux



La Recherche et L’Espérance


             


La suite dans un prochain article

27 octobre 1892 - Prise de possession officielle de l'île Amsterdam (2/3)

Épisode 2

Lien vers le premier épisode.

Après le passage d’Entrecasteaux, les deux îles ne sont guère fréquentées que par des chasseurs d’otaries, dont la population a quasiment disparue, ou des marins abandonnés, comme le Capitaine Péron qui reste 40 mois sur l’île Saint-Paul, sauvé par Lord McCartney. Il profite de son séjour forcé pour dresser une carte de l’île et chasser les otaries et éléphants de mer.


Carte de l’île Saint-Paul en 1792 selon le Capitaine Péron (Charles Vélain)
© Iconothèque historique de l’océan indien




Chasse à l’éléphant de mer
Mémoires du capitaine Péron



En 1814, suite au Traité de Paris, l’île de France – devenue Maurice – et ses dépendances tombent entre les mains de la couronne britannique. Un document mentionne parmi ces dépendances, en dernier rang, « les îles Saint-Paul et Amsterdam et plusieurs îles incertaines », sans que les îles soient toutefois occupées par les Mauriciens ou les anglais.

En 1842, le capitaine français Mieroslawski, à bord du Cygne de Granville, « découvre » les deux îles qui ne figuraient pas sur sa carte incomplète. Il présente au gouverneur de l'île Bourbon – actuelle Réunion – sa découverte et lui demande de prendre possession des deux îles avec le navire L’Olympe qu’il affrète pour l’occasion afin de « former un établissement de pêcherie » dont il souhaite obtenir la concession. Le gouverneur Bazoche, qui soupçonne Maurice de vouloir en faire de même, donne son accord du bout des lèvres, sans engager la responsabilité du Gouvernement et sans engager aucune dépense. Il donne pour cela mandat et instructions au capitaine Dupeyrat. Un premier procès verbal de prise de possession est rédigé en juillet 1843. Mais le potentiel commercial des deux îles se révèle décevant. Par ailleurs, le Royaume-Uni, au moment même où les relations entre Louis-Philippe Ier et la Reine Victoria s’améliorent avec la signataire de L’Entente Cordiale, conteste la prise de possession. La France demande donc au gouverneur de rappeler la garnison et fait savoir qu'elle ne ratifiera pas le récent acte de prise de possession. Elle accorde toutefois un protectorat à la petite colonie de pêcheurs et autorise un pavillon français. Les établissements de pêcherie disparaissent progressivement et tout le personnel est rapatrié.

Le statu-quo entre la France et le Royaume-Uni dure ainsi des décennies et les îles continuent à être visitées par des pêcheurs français ou des bâtiments de la marine anglaise. Les britanniques, possédant Maurice, le Cap, l’Australie, l’Inde et la Nouvelle-Zélande voient d’ailleurs dans ces deux îles un intérêt géographique et fait naitre des projets de base de charbonnage. Les premières cartes précises des deux îles seront justement réalisées par les britanniques.

 
Carte de l’île Saint-Paul réalisée en 1853 par Lieut. Hutchison & Mr. J.W. Smith
© Iconothèque historique de l’océan indien


 
Toujours sans propriétaires, des expéditions scientifiques y sont néanmoins organisées, comme en 1857 par les naturalistes autrichiens de la frégate Novara. Une carte détaillée de l’île est réalisée et des collections de la faune, la flore et la géologie sont constituées. En 1874 une mission à Saint-Paul a pour but d’observer le passage de Vénus devant le soleil et ainsi mesurer précisément la valeur de l'unité astronomique, autrement dit la distance entre la Terre et le Soleil. Entre temps, un colon réunionnais nommé Heurtin, tente en vain d’y installer une ferme avec sa famille et quatre employés.

Observation sur transit de Vénus sur l’île Saint-Paul en 1874

Suite et fin au prochain épisode...




27 octobre 1892 - Prise de possession officielle de l'île Amsterdam (3/3)

3e partie

Liens vers le premier et deuxième épisode

Ce rappel historique était long, et j’espère que le lecteur ne s’est pas endormi, mais nécessaire pour comprendre le contexte dans lequel s’est produit l’événement de 1892 qui nous intéresse en cette date anniversaire.

Pendant cinquante ans, le statut des deux îles est resté incertain, mais la présence française, notamment à travers ses pêcheurs, bien réelle. Cinquante années d’hésitation et d’incertitude, auxquelles le Gouvernement décide de mettre fin en 1892 en organisant le prise de possession officielle des îles Saint-Paul et Amsterdam. Il le fait en envoyant le commandant Vuillaume à bord du La Bourdonnais.
 

Le navire La Bourdonnais


Le 24 octobre, le commandant profite d’une embellie et envoie deux embarcations à Saint-Paul pour arborer le pavillon. Le géologue Charles Vélain, à qui l’on doit l’expédition scientifique de 1874, raconte dans un article :

« Mais à côté de ce mât de pavillon une petite croix de bois noirci, plus modeste, indique que ce court séjour de La Bourdonnais a été marqué par un accident bien regrettable : un matelot de garde, Hamon, placé dans l’une des deux baleinières amarrées dans la passe et qui avait servi à la sonder, enlevé par une de ces lames de fonds si fréquentes en ce point, a disparu, quoique bon nageur, dans le cratère, sans qu’on puisse le retrouver ».

Ce triste événement et les conditions météorologiques poussent le commandant à se rendre à présent sur l’île Amsterdam, où le 27 octobre 1892, non sans difficulté, ses officiers arrivent à poser le second mât de pavillon. Ils y trouvent de nombreux bovins abandonnées et des traces de présence humaine, vestiges des tentatives avortées de colonisation et de développement commercial. Quelque mois plus tard, La Bourdonnais se perd dans un cyclone au large de Madagascar.


  
Panoramas de l’île d’Amsterdam © Adrien COATANÉA

La France restera dès lors souveraine et continuera à entretenir pour les îles Saint-Paul et Amsterdam les mêmes rêves de développement commercial grâce à ses ressources et son positionnement unique sur les routes maritimes. Mais les faits sont têtus et viendra ensuite le temps des frères Bossière dont les mésaventures ne feront que répéter l’histoire et rappeler ainsi, inlassablement, le caractère inhospitalier de ces îles.

Il faudra attendre 1924 pour que les deux îles soient classées en parc national puis en réserve naturelle nationale en 2006.

samedi 30 septembre 2017

Septembre à Amsterdam

Déjà un mois que les nouveaux arrivants de la 69e mission ont mis les pieds à Amsterdam, sous le regard bienveillant des hivernants déjà présents et des otaries…


Le temps pour chacun de prendre ses marques, et de commencer les premières explorations de l’île, dans le cadre de ses missions ou en soutien aux autres hivernants !

Arrivée des premiers mâles otaries sur l’île
© Adrien COATANÉA

Suivi du Phylica arborea dans le cadre du projet de sa restauration
© Corentin OLLIVE

Suivi des populations de gorfous subtropicaux
© Adrien COATANÉA
Nettoyage (en partie...) de l’ancienne décharge et récupération de 500 kg de déchets ! 
 © Corentin OLLIVE 

Etude et suivi des jeunes d’otaries à fourrure subantarctiques (« pups »)
© Pierre-Yves QUEHE

Découvertes des paysages de l'île à l’occasion de sorties scientifiques ou de moments de détente
© Pierre-Yves QUEHE

...et surtout les premiers barbecues avec l'arrivée du printemps !